Application rigoureuse des lois contre le blanchiment d'argent sur les crypto-monnaies au Bangladesh
janv., 7 2026
Le Bangladesh interdit presque tout usage des crypto-monnaies, pas parce qu’il a une loi spécifique contre elles, mais parce qu’il utilise des lois existantes pour les écraser. Depuis 2014, la Banque du Bangladesh a lancé des avertissements répétés : les crypto-monnaies sont dangereuses. Pas parce qu’elles sont techniquement illégales, mais parce qu’elles pourraient être utilisées pour blanchir de l’argent, financer des terroristes ou déstabiliser le système financier. Et cette position, loin d’être symbolique, se traduit par des arrestations, des perquisitions et des poursuites pénales.
Comment le Bangladesh interdit les crypto-monnaies sans loi sur les crypto
Il n’existe pas de loi au Bangladesh qui dise : "Les crypto-monnaies sont interdites." Pourtant, tout ce qui touche aux crypto est traité comme un crime. La Banque du Bangladesh, l’autorité monétaire, s’appuie sur la Loi sur les régulations des changes étrangers de 1947 et la Loi contre le blanchiment d’argent de 2012. Ces lois, conçues pour contrôler les transferts d’argent en devises et laver de l’argent sale, sont maintenant utilisées pour poursuivre ceux qui échangent du Bitcoin ou minent de l’Ethereum.
Le Code de la technologie de l’information et de la communication (ICT) ajoute encore de la pression. Il permet aux autorités de bloquer des sites web, de saisir des équipements et d’arrêter des personnes pour "activités numériques illégales". En 2024, des policiers ont perquisitionné dans des appartements à Dhaka, arrêtant cinq hommes pour avoir installé des fermes de minage dans leur garage. Les machines étaient branchées sur le réseau électrique domestique. Les autorités ont dit : "C’est du blanchiment d’argent. C’est une violation de la loi sur les changes."
Le paradoxe ? Le gouvernement reconnaît la technologie blockchain. En 2020, il a publié une stratégie nationale pour utiliser la blockchain dans les registres fonciers, les identités numériques et les services publics. Mais il interdit toujours aux citoyens d’acheter, de vendre ou de miner des crypto-monnaies. C’est comme si on autorisait les camions de livraison à rouler sur les routes, mais interdisait à quelqu’un d’avoir une voiture personnelle.
Les arrestations réelles : ce qui se passe quand on se fait prendre
En 2024, au moins 17 personnes ont été arrêtées au Bangladesh pour des activités liées aux crypto-monnaies. La plupart n’avaient pas vendu de crypto. Elles ne vendaient pas de produits. Elles minaient. Elles avaient acheté des cartes graphiques, les avaient branchées dans leur maison, et les faisaient tourner 24h/24. Pourquoi ? Parce qu’elles croyaient qu’elles pouvaient gagner de l’argent.
Les autorités n’ont pas dit : "Vous avez violé une loi sur les crypto." Elles ont dit : "Vous avez utilisé des ressources publiques pour transférer illégalement des fonds à l’étranger." C’est la clé. Le Bangladesh ne poursuit pas la technologie. Il poursuit l’argent qui sort du pays. Et quand vous minez du Bitcoin, vous envoyez des fonds vers des portefeuilles étrangers. C’est un transfert de devises non déclaré. C’est une infraction à la Loi de 1947.
Les peines ? Jusqu’à cinq ans de prison. Pas pour avoir possédé du Bitcoin. Pour avoir violé les lois sur les changes étrangers. Les accusés n’ont pas eu accès à des avocats spécialisés en crypto. Ils ont été jugés par des tribunaux ordinaires. Les juges n’ont jamais entendu parler de TRC20 ou de wallet. Ils lisent seulement : "transfert de fonds non autorisé".
Le problème des portefeuilles anonymes et du manque de traçabilité
Les autorités au Bangladesh savent qu’elles ne peuvent pas bloquer toutes les transactions crypto. Elles ne peuvent pas voir les portefeuilles. Elles ne peuvent pas forcer les échanges étrangers à leur donner des données. Les transactions en TRC20, en particulier, sont difficiles à suivre. Elles passent par des ponts décentralisés, des services d’obfuscation, des adresses jetables.
Alors, comment font-ils pour arrêter quelqu’un ? Ils surveillent les paiements en taka. Si vous achetez 10 000 dollars de cartes graphiques avec votre compte bancaire, la Banque du Bangladesh reçoit une alerte. Si vous transférez des fonds vers un échange étranger comme Binance ou Bybit, cela déclenche une enquête. Si vous êtes vu dans un café avec des ordinateurs en train de miner, vous êtes suspect.
Les autorités ont appris à reconnaître les signaux. Une personne qui dépense 200 000 taka par mois en électricité sans raison apparente. Un homme qui achète des cartes GPU en gros, mais n’a pas de business. Un jeune qui a un compte bancaire vide, mais qui voyage souvent à Dubaï. Ce ne sont pas des preuves directes. Mais elles suffisent à déclencher une enquête.
Le paradoxe du blanchiment d’argent et des arnaques
La Banque du Bangladesh cite souvent les arnaques comme raison de son interdiction. En 2021, un schéma Ponzi appelé MTFE a attiré plus de 30 000 investisseurs au Bangladesh. Les promoteurs promettaient 15 % de rendement quotidien. Quand l’arnaque a éclaté, les victimes ont perdu des millions de dollars. Les autorités ont utilisé cet épisode pour justifier leur ligne dure : "Les crypto sont des pièges pour les gens innocents."
Mais le vrai blanchiment d’argent ? Il se passe ailleurs. Les trafiquants de drogue, les corrupteurs, les criminels organisés utilisent des méthodes traditionnelles : transferts bancaires, cash couriers, hawala. Les crypto, dans ce contexte, sont une cible facile. Elles sont visibles. Elles sont nouvelles. Elles sont populaires. Et elles permettent de montrer que le gouvernement "fait quelque chose".
Le problème ? Les vrais criminels ne minent pas de Bitcoin. Ils ne vendent pas de crypto. Ils utilisent des systèmes anciens, invisibles, non régulés. Le Bangladesh se bat contre des fantômes. Et il punit les amateurs.
Le manque de conformité internationale et les risques à long terme
Le Bangladesh ne respecte pas les normes du Financial Action Task Force (FATF), l’organisme mondial qui lutte contre le blanchiment d’argent. La recommandation 15 du FATF exige que les pays régulent les actifs virtuels, les enregistrent, les surveillent, et exigent des échanges qu’ils connaissent leurs clients. Le Bangladesh fait l’inverse : il interdit tout, sans système de contrôle.
Cela crée des risques. Les banques internationales hésitent à traiter avec des institutions bangladaises. Les entreprises étrangères évitent de faire des affaires ici. Les investisseurs étrangers voient le pays comme un endroit instable. Et les jeunes Bangladais qui veulent travailler dans la tech sont bloqués. Ils ne peuvent pas apprendre la blockchain. Ils ne peuvent pas construire des projets. Ils ne peuvent pas même tester une application.
En comparaison, le Pakistan a créé une autorité dédiée aux actifs numériques en mai 2025. Il a alloué 2 000 mégawatts d’énergie pour le minage. Il a formé un comité national du crypto. Il a accepté que les crypto soient une partie du système financier. Le Bangladesh, lui, continue de bloquer les portes.
Qui paie le prix fort ?
Les grandes entreprises ne s’embêtent pas avec les crypto au Bangladesh. Elles n’en ont pas besoin. Elles utilisent les banques. Les petites entreprises ? Elles n’ont pas les moyens de contourner les restrictions. Ce sont les particuliers - étudiants, jeunes travailleurs, artisans - qui prennent les risques. Ils achètent des crypto sur des plateformes non régulées. Ils minent dans leur chambre. Ils transfèrent de l’argent via des amis à l’étranger.
Et quand ils se font prendre ? Ils ne sont pas des criminels. Ils sont des gens qui veulent gagner plus d’argent. Ils ne savent pas que leur portable peut les envoyer en prison. La Banque du Bangladesh ne fait pas de campagne d’éducation. Elle ne dit pas : "Voici comment utiliser les crypto en toute légalité." Elle dit : "Ne le faites pas. Sinon, vous allez en prison."
Quel avenir pour les crypto au Bangladesh ?
Le ministère des Finances pourrait un jour changer la loi. Peut-être que dans cinq ans, le Bangladesh autorisera les échanges régulés. Peut-être qu’il créera un cadre pour les stablecoins. Mais pour l’instant, tout indique le contraire. Les avertissements continuent. Les arrestations continuent. Les portes restent fermées.
La technologie ne va pas disparaître. Les gens vont continuer à utiliser les crypto. Ils vont le faire dans l’ombre. Et plus ils le feront en secret, plus les risques de fraude, de piratage et de perte augmenteront. Le Bangladesh ne protège pas ses citoyens en les interdisant. Il les laisse vulnérables.
La vraie question n’est pas : "Les crypto sont-elles légales ?" La vraie question est : "Le Bangladesh veut-il protéger son système financier… ou simplement contrôler ses citoyens ?"
Est-ce que posséder des crypto-monnaies est illégal au Bangladesh ?
Non, posséder des crypto-monnaies n’est pas explicitement illégal. Mais la Banque du Bangladesh affirme qu’elles n’ont aucune reconnaissance légale. Toute activité liée à leur utilisation - échange, minage, transfert - est traitée comme une violation des lois sur les changes étrangers et le blanchiment d’argent. Cela signifie que même avoir des crypto dans un portefeuille peut vous exposer à une enquête si vous les utilisez.
Pourquoi le Bangladesh interdit-il le minage de crypto alors qu’il accepte la blockchain ?
Le gouvernement distingue la technologie blockchain de l’usage des crypto-monnaies. La blockchain est vue comme un outil d’efficacité administrative - pour les registres fonciers, les identités ou les contrats publics. Les crypto-monnaies, elles, sont perçues comme un risque financier. Le minage est interdit parce qu’il implique des transferts d’argent vers l’étranger, ce qui contrevient à la Loi de 1947. C’est une contradiction, mais c’est la politique actuelle.
Quelles sont les peines pour minage ou échange de crypto au Bangladesh ?
Les peines varient selon les infractions, mais peuvent atteindre jusqu’à cinq ans de prison. Les personnes arrêtées sont poursuivies pour violation de la Loi sur les régulations des changes étrangers de 1947 ou pour blanchiment d’argent selon la Loi de 2012. Les équipements de minage sont confisqués, et les comptes bancaires peuvent être gelés. Il n’y a pas de procès spécial pour les crypto - les tribunaux ordinaires jugent ces affaires comme des crimes financiers.
Les crypto-monnaies sont-elles taxées au Bangladesh ?
Il n’existe pas de régime fiscal spécifique pour les crypto-monnaies. Mais le Conseil national des impôts applique l’Ordonnance sur l’impôt sur le revenu de 1984. Si vous vendez des crypto et réalisez un profit, ce profit peut être considéré comme un revenu imposable. Le problème ? Les autorités ne surveillent pas les transactions crypto, donc très peu de gens déclarent leurs gains. Cela crée un vide fiscal, mais aussi un risque de rétroactivité si une loi est adoptée.
Le Bangladesh va-t-il légaliser les crypto-monnaies à l’avenir ?
À court terme, il est peu probable. Le gouvernement reste fermement opposé, et les autorités n’ont montré aucun signe de changement. En revanche, la pression internationale pour se conformer aux normes du FATF pourrait forcer une révision. Si les pays voisins comme le Pakistan développent des cadres réglementaires efficaces, le Bangladesh risque de se retrouver isolé économiquement. Mais pour l’instant, l’interdiction reste la politique officielle.
Nathalie Farigu
janvier 8, 2026 AT 01:50Miner en garage et finir en prison ? C’est fou, non ?
Louise Klein
janvier 8, 2026 AT 04:47J’adore comment tu décris ça comme un paradoxe. C’est exactement ça : on autorise la technologie mais pas son usage. C’est comme interdire les vélos parce qu’un type a volé une bicyclette.
Julie Pritchard
janvier 8, 2026 AT 12:03Le Bangladesh ne fait rien de nouveau. Tous les régimes autoritaires ont peur des technologies décentralisées. Ce n’est pas du blanchiment, c’est du contrôle. Et ils choisissent les cibles les plus faciles : les étudiants, pas les banquiers corrompus.