Bolivie : première nation à interdire le Bitcoin
févr., 5 2026
L'interdiction du Bitcoin en Bolivie de 2014 a marqué un tournant historique dans la régulation des cryptomonnaies. La Banque centrale de Bolivie (BCB) est devenue la première institution nationale au monde à interdire officiellement cette technologie, bien avant d'autres pays comme la Chine ou la Thaïlande. À l'époque, le Bitcoin valait environ 650 dollars et le marché global ne dépassait pas 3,5 milliards de dollars. Pourtant, la Bolivie a choisi une approche radicale, justifiée par la protection de sa monnaie nationale.
La résolution qui a changé tout
Banque centrale de Bolivie (BCB)L'institution qui a publié la résolution No. 24-14-001 en mai 2014 interdisant les cryptomonnaies en Bolivie. a pris cette décision le 6 mai 2014 via la résolution No. 24-14-001. Cette mesure interdisait « toute monnaie ou pièce non émise ou régulée par le gouvernement ». Le texte citait spécifiquement Bitcoin, Namecoin, Peercoin, Quark, Primecoin et Feathercoin. Selon la BCB, cette interdiction visait à « protéger le boliviano et à sauvegarder les utilisateurs contre des monnaies incontrôlées pouvant entraîner des pertes financières ». En pratique, les banques devaient bloquer toute transaction liée aux cryptomonnaies, et il était interdit de déterminer les prix en monnaie numérique. Seul le boliviano (BOB) restait légal.
Des conséquences immédiates et durables
Malgré l'interdiction, les Boliviens ont trouvé des moyens de contourner la réglementation. Selon une enquête de l'Observatoire bolivien des droits numériques en 2021, 68% des utilisateurs de cryptomonnaies opéraient via des canaux informels. Sur Reddit, le forum r/CryptoBolivia (créé en 2016) comptait 12 450 membres en mai 2025, où les utilisateurs partageaient des astuces pour utiliser des plateformes comme LocalBitcoins et Paxful. Beaucoup dénonçaient les coûts élevés : des frais de 8 à 12% pour convertir des Bitcoin en bolivianos. Un utilisateur de Reddit, u/CryptoLaPaz, résumait en mai 2022 : « J'utilise l'USDT pour protéger mes économies de la dépréciation du boliviano depuis 2019. L'interdiction ne nous arrête pas, elle rend juste tout plus cher et risqué. »
Comparaison avec d'autres pays : qui a fait quoi ?
| Pays | Année d'action | Type de régulation | Détails clés |
|---|---|---|---|
| Bolivie | 2014 | Interdiction complète | Interdiction de toute monnaie non gouvernementale, y compris Bitcoin. Banques interdites de traiter des transactions crypto. |
| Chine | 2017 | Restrictions sur les échanges | Interdiction des ICO et des échanges de cryptomonnaies. Renforcement en 2021. |
| Thaïlande | 2013 | Avertissement non contraignant | La SEC a averti contre les risques, sans interdiction formelle. |
| Russie | 2014 | Projet de loi non adopté | Un projet de loi a été proposé mais n'a jamais été approuvé. |
| États-Unis | 2014 | Régulation ciblée | Reconnaissance légale pour certains usages, enforcement sur les fraudes. |
Le boliviano face à l'inflation
L'interdiction a eu des conséquences économiques graves. Selon l'Institut national de statistique bolivien, l'inflation a atteint 5,2% en 2023, bien au-dessus des taux régionaux. Sans accès aux cryptomonnaies comme outil de protection contre la dépréciation, de nombreux Boliviens ont vu leurs économies s'éroder. Les régions frontalières, où l'économie dépend des échanges avec des pays voisins plus libéraux, ont particulièrement souffert. Chainalysis a observé une augmentation de 34% par an de l'utilisation des stablecoins (comme l'USDT) dans ces zones entre 2020 et 2023. Une étude de la Banque centrale a révélé que 1,2 million de Boliviens (10,3% de la population) utilisaient des cryptomonnaies en 2023 malgré l'interdiction, principalement via des plateformes P2P.
Un revirement en 2024
Le 26 juin 2024, la Banque centrale a levé l'interdiction. Cette décision a déclenché une explosion des transactions : selon les données officielles, le volume a bondi de 630% entre début 2024 et la première moitié de 2025, passant de 46,5 millions à 294 millions de dollars. En mai 2025, le total atteignait 430 millions de dollars sur plus de 10 000 transactions. La plateforme Meru, développée par Carlos Neira, a enregistré une hausse de 6 600% de ses utilisateurs boliviens, selon Bloomberg. Le nouveau cadre réglementaire impose aux fournisseurs de services d'actifs virtuels (VASP) de s'enregistrer auprès de l'ASFI (Autorité de supervision financière) et de respecter des protocoles stricts de lutte contre le blanchiment. Aujourd'hui, 86% des transactions concernent des particuliers utilisant principalement Binance et l'USDT, avec 75% d'utilisateurs masculins.
Des avis contradictoires
Les experts s'expriment différemment sur cette évolution. Dr. Carlos Newland, ancien conseiller de la BCB, défendait initialement l'interdiction dans son livre « Souveraineté monétaire à l'ère numérique » (2015) : « Les économies émergentes avec des monnaies volatiles ne peuvent risquer des systèmes alternatifs qui menacent leur politique monétaire. » En revanche, Dr. Rebecca Liao de Stanford critiquait cette position en 2018 : « Une mesure protectionniste qui coupe les citoyens de l'innovation financière globale. » Le FMI (Fonds monétaire international) a initialement adopté une position neutre, mais Alejandro Werner, chef du département Amérique latine, a déclaré en mars 2020 : « Les interdictions totales sont souvent inefficaces et poussent l'activité sous terre. »
Que reste-t-il à faire ?
Maintenant que l'interdiction est levée, la Bolivie doit équilibrer innovation et stabilité. Le ministère de l'Économie prévoit un volume de transactions de 1,2 milliard de dollars d'ici 2026, tout en maintenant l'interdiction des paiements en cryptomonnaie pour protéger le boliviano. Selon l'Inter-American Development Bank, cette approche modérée - autoriser le trading mais interdire les paiements - pourrait être plus durable que le modèle d'El Salvador, qui a intégré le Bitcoin comme monnaie légale. La Bolivie a signé un mémorandum avec la Commission nationale des actifs numériques d'El Salvador pour partager des bonnes pratiques, montrant un engagement à apprendre des erreurs passées tout en s'adaptant aux nouvelles réalités.
Pourquoi la Bolivie a-t-elle interdit le Bitcoin en 2014 ?
La Banque centrale de Bolivie (BCB) a interdit le Bitcoin pour protéger le boliviano, sa monnaie nationale, et éviter que les citoyens perdent de l'argent à cause de la volatilité des cryptomonnaies. La résolution No. 24-14-001 de mai 2014 stipulait que toute monnaie non émise par le gouvernement était illégale. Cette décision visait à préserver la souveraineté monétaire du pays face à l'émergence de monnaies alternatives.
Quelles étaient les conséquences de cette interdiction ?
L'interdiction a créé un marché noir florissant, avec des transactions P2P via des plateformes comme LocalBitcoins. En 2021, 68% des utilisateurs de cryptomonnaies opéraient dans l'informel. L'inflation a atteint 5,2% en 2023, et les régions frontalières ont souffert de l'absence d'outils de protection contre la dépréciation du boliviano. Chainalysis a noté une augmentation de 34% par an de l'utilisation des stablecoins (comme l'USDT) dans ces zones entre 2020 et 2023.
Comment la Bolivie compare-t-elle avec d'autres pays ?
La Bolivie était la seule nation à interdire complètement les cryptomonnaies en 2014. La Chine n'a restreint que les échanges en 2017, la Thaïlande a émis un avertissement non contraignant en 2013, et la Russie a proposé un projet de loi sans le valider. Les États-Unis ont opté pour une régulation ciblée, reconnaissant la légalité des cryptomonnaies pour certains usages. Ainsi, la Bolivie se distinguait par sa rigueur totale.
Quel est l'impact de la levée de l'interdiction en 2024 ?
Le volume de transactions a bondi de 630% entre début 2024 et mi-2025, passant de 46,5 millions à 294 millions de dollars. La plateforme Meru a enregistré une hausse de 6 600% de ses utilisateurs boliviens. Le nouveau cadre réglementaire impose aux fournisseurs de services d'actifs virtuels (VASP) de s'enregistrer auprès de l'ASFI et de respecter des protocoles anti-blanchiment. Aujourd'hui, 86% des transactions concernent des particuliers utilisant Binance et l'USDT.
Pourquoi la Bolivie n'a-t-elle pas adopté le Bitcoin comme monnaie légale comme El Salvador ?
La Bolivie maintient une approche plus prudente. Son ministère de l'Économie a décidé d'autoriser le trading de cryptomonnaies tout en interdisant leur utilisation pour les paiements quotidiens. Cela permet de limiter les risques pour le boliviano tout en exploitant les avantages des technologies numériques. Contrairement à El Salvador, qui a intégré le Bitcoin comme monnaie légale, la Bolivie privilégie la stabilité monétaire à court terme, avec un objectif de volume de transactions de 1,2 milliard de dollars d'ici 2026.