Coût computationnel des preuves à connaissance nulle : ce que vous devez savoir en 2026
janv., 5 2026
Les preuves à connaissance nulle (ZKP) sont l’une des innovations les plus puissantes en cryptographie. Elles permettent à quelqu’un de prouver qu’il connaît une information - par exemple, le mot de passe d’un compte ou la signature d’une transaction - sans jamais la révéler. C’est comme prouver que vous avez la clé d’une porte sans montrer la clé. Mais derrière cette magie, il y a un coût : un coût computationnel lourd, qui peut ralentir les réseaux, augmenter les frais et limiter l’adoption. En 2026, ce coût n’est plus une théorie : il est palpable, mesurable, et il change la façon dont on conçoit la blockchain.
Comment fonctionnent les preuves à connaissance nulle ?
Prenons un exemple simple : vous voulez prouver à un ami que vous savez la solution d’un labyrinthe, sans lui montrer le chemin. Vous entrez dans le labyrinthe par un côté, et votre ami vous attend à l’autre bout. Il vous demande de ressortir par la gauche ou par la droite - au hasard. Si vous connaissez le chemin, vous pouvez toujours répondre. Si vous ne le connaissez pas, vous avez 50 % de chances de deviner la bonne sortie. Répétez ça 20 fois, et vos chances de tricher tombent à moins de 1 sur un million. Voilà le principe de base des ZKP : répéter des défis aléatoires pour prouver une connaissance sans la divulguer.
Dans la pratique, les ordinateurs ne résolvent pas des labyrinthes. Ils résolvent des équations mathématiques complexes - souvent basées sur des courbes elliptiques, des polynômes ou des circuits logiques. Chaque preuve est une série de calculs qui transforment une déclaration (« j’ai signé cette transaction ») en une série de preuves mathématiques. Et chaque calcul, chaque multiplication, chaque exponentiation, consomme de la puissance CPU.
Le coût réel : combien de temps et de ressources ?
En 2023, une preuve ZK typique sur Ethereum prenait environ 2 à 5 secondes à générer sur un processeur moderne. En 2026, avec des optimisations comme les preuves STARK et les compromis de type PLONK, ce temps a été réduit à 0,3 à 1,2 seconde. C’est impressionnant - mais ce n’est pas gratuit.
La génération d’une preuve ZK sur un serveur cloud standard coûte entre 0,01 et 0,05 $ en ressources computationnelles. Pour un réseau comme zkSync ou Starknet, qui génère des milliers de preuves par jour, cela représente des centaines de milliers de dollars par mois. Et ce n’est que le coût de génération. La vérification, elle, est plus légère : environ 10 à 50 millisecondes par preuve. Mais elle doit être faite par chaque nœud du réseau. Sur Ethereum, chaque preuve vérifiée ajoute 100 000 à 300 000 unités de gaz - ce qui, à un prix moyen de 50 gwei, équivaut à 0,005 à 0,015 $ par transaction validée.
Le vrai goulot d’étranglement ? La mémoire. Générer une preuve ZK nécessite souvent plusieurs gigaoctets de RAM. Un seul circuit de preuve pour une transaction simple peut exiger 8 Go de mémoire vive. Sur un appareil mobile ou un nœud léger, c’est impossible. C’est pourquoi les portefeuilles ZK ne peuvent pas générer de preuves - ils doivent les recevoir d’un serveur externe. Et cela crée un risque centralisé : si vous dépendez d’un seul service pour générer vos preuves, vous perdez une partie de la décentralisation.
Les types de preuves et leur impact sur le coût
Toutes les preuves à connaissance nulle ne sont pas égales. Deux grandes familles dominent : les preuves SNARK et les preuves STARK.
- SNARK (Succinct Non-Interactive Argument of Knowledge) : compactes, rapides à vérifier, mais nécessitent un processus de configuration initiale (appelé « trusted setup ») qui peut être un point de faiblesse. Leur coût computationnel est modéré, mais la génération est gourmande en CPU.
- STARK (Scalable Transparent ARgument of Knowledge) : pas besoin de configuration initiale, plus résistantes aux attaques quantiques, mais 5 à 10 fois plus grosses en taille de preuve. Leur génération est plus lente - parfois 2 à 3 fois plus longue que SNARK - mais leur vérification est plus efficace sur le long terme.
Les nouvelles variantes comme PLONK et Groth16 tentent de combiner les avantages des deux. PLONK, par exemple, permet de réutiliser le même « trusted setup » pour plusieurs applications, réduisant les coûts répétés. Mais chaque optimisation a un prix : plus le circuit est complexe, plus la preuve est lourde. Une transaction de swap sur Uniswap avec ZKP peut nécessiter un circuit de 10 millions de portes logiques. Une transaction de prêt sur Aave, avec des conditions de garantie dynamiques, peut en exiger 50 millions.
Le piège de la scalabilité
On vous dit que les ZKP vont rendre les blockchains rapides et bonnes marché. C’est vrai - mais seulement pour la vérification. La génération reste lente et coûteuse. C’est comme si vous aviez une usine qui fabrique des pièces en 30 secondes, mais que chaque pièce nécessite 4 heures de machine-outil pour être produite. Les nœuds vérifient vite, mais les mineurs ou les proveurs (les gens qui génèrent les preuves) doivent travailler comme des fous.
Cela crée un problème d’économie : qui paie pour ces coûts ? Dans les réseaux comme zkSync, les utilisateurs paient des frais plus élevés pour les transactions ZK, mais ces frais couvrent à peine le coût réel de génération. Les entreprises derrière ces réseaux subventionnent les proveurs avec des tokens ou des fonds de réserve. C’est une solution temporaire. Quand les subventions s’arrêtent, les frais remontent.
Et puis il y a la question de la parallélisation. Peut-on générer 1000 preuves en même temps ? Oui - mais seulement si vous avez 1000 processeurs puissants. Les GPU sont meilleurs que les CPU pour ce type de calcul, mais ils sont chers, consomment beaucoup d’électricité, et ne sont pas accessibles à tous. Les petits acteurs sont écartés. La décentralisation se fragilise.
Les progrès récents en 2025-2026
Les chercheurs ont fait des bonds. En 2025, l’équipe de StarkWare a dévoilé un nouveau compilateur de circuit appelé Starknet Cairo 1.2, qui réduit la taille des circuits de 40 % pour les transactions standard. En 2026, une équipe de l’ETH Zurich a montré qu’il était possible de générer une preuve ZK pour une transaction DeFi complète en 0,18 seconde sur un processeur ARM de 8 cœurs - une première pour un appareil grand public.
Le vrai changement ? La mise en œuvre matérielle. Des puces spécialisées comme les ZK-ASICs commencent à apparaître. Elles sont conçues pour exécuter uniquement les opérations de preuve ZK - multiplication modulaire, FFT, hash SHA-3 - et sont 15 à 20 fois plus efficaces qu’un CPU classique. Leur coût ? 500 à 2000 $ l’unité. Pour un grand proveur, ça vaut le coup. Pour un particulier ? Pas encore.
Que faut-il retenir ?
Les preuves à connaissance nulle ne sont pas magiques. Elles échangent de la puissance de calcul contre la confidentialité. Elles sont indispensables pour la scalabilité, mais leur coût computationnel reste un obstacle majeur.
En 2026, voici ce que vous devez savoir :
- La génération d’une preuve ZK est encore lourde - entre 0,3 et 1,2 seconde sur du matériel moderne.
- La mémoire nécessaire est souvent supérieure à 8 Go, ce qui exclut les appareils légers.
- Les frais sur les réseaux ZK sont encore sous-évalués - ils cachent des subventions qui ne dureront pas.
- Les preuves STARK sont plus lentes à générer, mais plus sécurisées à long terme.
- Les puces spécialisées (ZK-ASICs) arrivent, mais elles ne sont pas accessibles au grand public.
Si vous utilisez une blockchain ZK, vous profitez d’une technologie incroyable. Mais derrière chaque transaction silencieuse, il y a une machine qui travaille dur. Et ce n’est pas gratuit.
Comment cela affecte-t-il les utilisateurs ?
Si vous êtes un trader, vous n’avez pas à vous en soucier : vos transactions sont générées par des services externes. Mais si vous êtes un développeur, un nœud ou un investisseur dans des projets ZK, vous devez comprendre : la performance ne vient pas de la vérification. Elle vient de la génération. Et la génération est un problème de coût, pas de cryptographie.
Les projets qui réussiront ne seront pas ceux qui ont la meilleure technologie - mais ceux qui ont trouvé le meilleur équilibre entre sécurité, vitesse et coût. Et en 2026, ce sont ceux qui ont accepté que la décentralisation a un prix : il faut payer pour la puissance.
Qu’est-ce qu’une preuve à connaissance nulle (ZKP) ?
Une preuve à connaissance nulle est un protocole cryptographique qui permet à une personne de prouver qu’elle connaît une information (comme un mot de passe ou une signature) sans jamais la révéler. Par exemple, vous pouvez prouver que vous avez signé une transaction blockchain sans montrer votre clé privée. Ce système repose sur des mathématiques complexes, comme les courbes elliptiques ou les circuits logiques, et garantit la confidentialité tout en vérifiant la validité.
Pourquoi le coût computationnel est-il un problème pour les blockchains ?
Générer une preuve ZK exige des calculs intensifs : des millions d’opérations mathématiques par transaction. Ces calculs consomment de la puissance CPU, de la mémoire RAM et du temps. Sur un réseau comme Ethereum, chaque preuve ajoutée augmente la charge des nœuds et peut ralentir le réseau si trop de preuves sont générées simultanément. Cela limite la scalabilité, car il est difficile de produire des milliers de preuves par seconde sans coûts prohibitifs.
SNARK et STARK : quelle est la différence en termes de coût ?
Les SNARK sont plus rapides à vérifier et plus compacts, mais nécessitent un processus de configuration initial (trusted setup) et sont plus gourmands en CPU pour la génération. Les STARK ne nécessitent pas de configuration initiale, sont plus sécurisés contre les ordinateurs quantiques, mais produisent des preuves plus grandes et prennent 2 à 3 fois plus de temps à générer. Leur coût total dépend de l’usage : STARK sont plus chers à produire, mais moins coûteux à long terme grâce à leur transparence et leur résilience.
Les ZKP sont-ils trop chers pour les petits utilisateurs ?
Oui, pour la génération. Générer une preuve ZK nécessite généralement un serveur puissant avec 8 Go de RAM minimum. Un téléphone ou un ordinateur portable classique ne peut pas le faire. Les utilisateurs doivent donc déléguer cette tâche à des services tiers - ce qui crée un risque de centralisation. Seuls les grands acteurs (providing services, exchanges, rollups) peuvent supporter les coûts. Les particuliers bénéficient des ZKP, mais ne les produisent pas.
Quels sont les progrès récents pour réduire ce coût ?
En 2025-2026, plusieurs avancées ont réduit les coûts : les compilateurs de circuits comme Cairo 1.2 ont réduit la taille des preuves de 40 %, les algorithmes comme PLONK permettent de réutiliser les configurations, et les puces spécialisées ZK-ASICs sont apparues, divisant par 20 le temps de génération. Mais ces technologies restent coûteuses et réservées aux entreprises. La réduction du coût reste un défi ouvert pour les utilisateurs individuels.
moustapha mbengue
janvier 5, 2026 AT 18:25Les ZK c’est bien mais faut payer pour la puissance, point. Les gars qui disent que c’est décentralisé, ils rêvent.
Adama keita
janvier 6, 2026 AT 01:23Donc en résumé : on échange notre vie privée contre un GPU qui crame 2000€ et 300W ? Merci, j’attends la version gratuite.