Exigences de licence pour le minage de crypto-monnaies au Kazakhstan
févr., 3 2026
Le minage de crypto-monnaies au Kazakhstan n’est plus un terrain sauvage comme il l’était il y a quelques années. Depuis 2023, le pays a mis en place un système de licence strict, contrôlé par le Astana International Financial Center (une zone financière internationale autonome au Kazakhstan, chargée de réguler les activités de minage et d’échange de crypto-monnaies). Ce n’est plus une question de brancher des machines et de commencer à miner. Il faut une licence. Et cette licence, elle n’est pas facile à obtenir.
Qui peut miner légalement au Kazakhstan ?
Pour miner légalement, vous devez être une entité légale kazakhe : soit une entreprise enregistrée au Kazakhstan, soit un entrepreneur individuel. Les mineurs étrangers ne peuvent pas opérer directement. Ils doivent créer une filiale locale au sein de l’AIFC. Cela signifie que même si vous avez des serveurs à Almaty ou à Shymkent, vous ne pouvez pas les faire fonctionner sans une structure juridique locale.
En plus de cela, vous devez avoir un droit légal sur un centre de traitement de données. Soit vous possédez un data center, soit vous louez de l’espace dans un centre autorisé. Vous ne pouvez pas simplement brancher vos ASIC dans un garage ou un entrepôt non certifié. Les installations doivent répondre à des normes de sécurité, de refroidissement et de conformité technique.
Les pools de minage : une exigence unique
C’est ici que le Kazakhstan se distingue de tous les autres pays. Dans la plupart des endroits, les mineurs peuvent travailler seuls ou rejoindre un pool de minage de leur choix. Au Kazakhstan, les pools de minage numériques (DMP) (des entités réglementées qui centralisent les opérations de minage pour faciliter le contrôle étatique) sont obligatoires. Vous ne pouvez pas miner sans être membre d’un pool accrédité par l’AIFC.
En 2025, seulement cinq pools sont officiellement reconnus. Chacun doit avoir des systèmes de traçabilité, des rapports quotidiens à l’ICRIAP (le comité de prévention du blanchiment d’argent), et une transparence totale sur les flux de crypto-monnaies. Cette mesure permet au gouvernement de savoir exactement combien de bitcoins, d’ethereum ou de monero sont produits chaque jour, et où ils vont.
Le processus de demande : six à neuf mois de préparation
Obtenir une licence ne prend pas quelques semaines. C’est un processus en trois étapes qui dure entre six et neuf mois.
- Phase de préparation : Vous devez rédiger un plan d’affaires détaillé, avec des prévisions financières réalistes, des preuves de financement, une politique AML-CFT complète (anti-blanchiment et anti-financement du terrorisme), un logiciel KYC opérationnel, et des règles claires pour l’acceptation des clients. Vous devez aussi définir votre conseil d’administration et vos responsables clés.
- Phase d’incorporation : Vous devez créer une société au sein de l’AIFC, louer un bureau physique dans ses locaux, embaucher au moins deux employés locaux (un responsable AML et un responsable de conformité), déposer un capital social sur un compte bancaire kazakh, et nommer un conseil d’administration d’au moins quatre personnes.
- Phase de candidature : Vous devez démontrer que vos systèmes AML-CFT fonctionnent, que vos procédures d’identification client sont opérationnelles, que votre équipe a de l’expérience, et que vous avez un prototype ou une démonstration de votre plateforme de minage.
Il n’y a pas de raccourci. Même les entreprises américaines ou chinoises qui ont déjà des opérations de minage à grande échelle doivent recommencer à zéro. L’AIFC ne reconnaît pas les licences étrangères.
La vente obligatoire : 75 % sur les échanges locaux
En 2024, les mineurs devaient vendre 50 % de leurs crypto-monnaies sur les échanges kazakhs. En 2025, cette obligation est passée à 75 %. C’est l’une des règles les plus strictes au monde.
Cela signifie que si vous minez 100 BTC par mois, vous ne pouvez garder que 25 BTC pour vous. Les 75 autres doivent être échangés contre des devises nationales (tenge) ou des devises étrangères via les plateformes agréées par l’AIFC. Cette mesure vise à contrôler les flux de capitaux, à éviter les évasions de devises, et à injecter des devises étrangères dans l’économie nationale.
En 2024, les échanges de l’AIFC ont généré plus de 1,4 milliard de dollars en volume d’affaires. Le minage a contribué à hauteur de 34,6 millions de dollars sur les trois dernières années. Le gouvernement a clairement l’intention de transformer cette activité en un levier économique.
Les coûts et les contraintes pratiques
Le coût d’obtention d’une licence n’est pas seulement financier. Il est aussi en temps, en personnel et en complexité administrative.
- Vous devez embaucher deux employés locaux avec des compétences spécifiques en conformité financière. Trouver ces profils n’est pas facile.
- Le conseil d’administration doit comporter quatre personnes minimum, avec des qualifications vérifiables. Cela exclut les petites structures ou les mineurs individuels.
- La location d’un bureau dans l’AIFC coûte entre 1 500 et 3 000 dollars par mois, selon l’emplacement.
- Les audits et les rapports mensuels à l’ICRIAP nécessitent un service juridique et comptable dédié.
En 2023, seulement 84 licences ont été délivrées. En 2025, ce nombre a doublé, mais la plupart des demandes sont rejetées pour des raisons de documentation incomplète ou de manque de transparence.
Un modèle unique : ni interdit, ni libre
La plupart des pays prennent deux directions : soit ils interdisent le minage (comme la Chine en 2021), soit ils le laissent totalement libre (comme le Texas ou le Kazakhstan avant 2023). Le Kazakhstan a choisi une troisième voie : un contrôle centralisé, transparent et strict.
Contrairement aux États-Unis, où chaque État a sa propre loi, ou à la Russie, où le cadre est flou, le Kazakhstan a créé un système unifié, avec une autorité unique (l’AIFC), des règles claires, et des sanctions en cas de non-respect. Même les mineurs qui ont des installations dans des zones rurales doivent respecter ces règles.
Le gouvernement a même envisagé un programme énergétique spécifique : 70 % de la production d’électricité serait destinée au réseau national, et 30 % aux mineurs. Cela montre que le minage n’est pas vu comme un simple business, mais comme un outil d’équilibre énergétique.
Quel avenir pour le minage au Kazakhstan ?
Les signaux sont clairs : le gouvernement ne veut pas seulement contrôler le minage. Il veut l’intégrer dans son système financier.
Des discussions sont en cours pour créer une réserve nationale de crypto-monnaies, financée par les excédents des mineurs autorisés. Des propositions visent à légaliser complètement les échanges de crypto pour les particuliers utilisant des plateformes agréées. En 2026, le Kazakhstan pourrait devenir le premier pays d’Asie centrale à adopter une forme de monnaie numérique d’État, basée sur les flux générés par le minage réglementé.
Les mineurs qui veulent rester dans le jeu doivent s’adapter. Ce n’est plus une question de puissance de calcul. C’est une question de conformité, de transparence et de coopération avec l’État.
Puis-je miner au Kazakhstan sans licence ?
Non. Toute activité de minage sans licence délivrée par l’AIFC est illégale. Les autorités effectuent des contrôles réguliers, notamment sur les consommations électriques et les transferts de crypto-monnaies. Les infractions peuvent entraîner des amendes, la saisie des équipements, ou même des poursuites pénales.
Quel est le taux d’imposition pour le minage au Kazakhstan ?
Le taux d’impôt sur les revenus du minage est fixé à 15 %. C’est l’un des plus bas au monde, comparable à la Suisse ou à la Pologne. Cependant, cet avantage est compensé par les obligations de vente forcée (75 % sur les échanges locaux) et les coûts de conformité.
Les mineurs étrangers peuvent-ils investir dans une entreprise de minage au Kazakhstan ?
Oui, mais uniquement par le biais d’une société locale enregistrée à l’AIFC. Les investisseurs étrangers peuvent détenir 100 % des parts, mais ils doivent respecter toutes les exigences de localisation, d’embauche et de conformité. Il n’y a pas d’exception pour les investisseurs étrangers.
Combien de machines de minage sont enregistrées au Kazakhstan ?
En 2023, environ 415 000 machines de minage étaient officiellement enregistrées. La plupart sont des ASIC pour Bitcoin et des GPU pour Ethereum Classic. Ce chiffre a augmenté de 30 % en 2024, malgré la hausse des exigences réglementaires.
Pourquoi l’AIFC est-elle la seule autorité compétente ?
L’AIFC a été créée comme une zone francophone et anglophone avec un cadre juridique indépendant du droit kazakh classique. Elle a son propre tribunal, sa propre réglementation financière, et ses propres normes de conformité. Cela permet au Kazakhstan d’attirer des investisseurs internationaux tout en gardant un contrôle strict sur les flux de capitaux et les transactions.