Interdiction du minage crypto en Algérie : pourquoi l'énergie est au cœur de la loi 25-10
mai, 2 2026
En juillet 2025, l'Algérie a pris une décision qui a fait trembler le secteur des cryptomonnaies actifs numériques décentralisés comme le Bitcoin ou l'Ethereum. Le pays n'a pas simplement restreint les transactions ; il a criminalisé presque tout ce qui touche aux actifs numériques. Cette interdiction totale, consacrée par la Loi n° 25-10 législation algérienne publiée le 24 juillet 2025 interdisant les activités liées aux cryptomonnaies, vise spécifiquement le minage (ou mining) pour des raisons énergétiques cruciales. Pourquoi un pays disposant d'un immense potentiel solaire décide-t-il de bloquer cette technologie ? La réponse réside dans la fragilité du réseau électrique national et la volonté de protéger les citoyens.
Le contexte énergétique : un réseau sous tension
Pour comprendre la sévérité de cette loi, il faut regarder derrière les compteurs électriques. L'réseau électrique algérien infrastructure nationale de distribution d'électricité gérée par Sonelgaz fonctionne souvent à son maximum. En période normale, l'utilisation atteint environ 70 % de la capacité. Mais dès que l'été arrive et que les climatiseurs tournent à plein régime, ce chiffre grimpe entre 95 % et 100 %. C'est là que le problème devient critique.
Le minage de cryptomonnaies, surtout celui basé sur la preuve de travail (comme le Bitcoin première cryptomonnaie créée en 2009 utilisant le protocole Proof-of-Work), consomme une quantité colossale d'énergie. Selon le gouverneur de la Banque d'Algérie, Salah Eddine Taleb, miner un seul Bitcoin nécessite environ 1 500 kWh. Pour mettre cela en perspective, c'est équivalent à la consommation mensuelle de 30 foyers algériens moyens. Imaginez l'impact si des milliers de ces opérations se déroulaient simultanément dans des zones industrielles déjà saturées.
| Activité | Consommation estimée | Impact sur le réseau |
|---|---|---|
| Mnage d'1 Bitcoin | ~1 500 kWh | Équivalent à 30 foyers/mois |
| Foyer algérien moyen (mois) | ~50 kWh (variable) | Basse demande individuelle |
| Opérations non autorisées détectées (été 2024) | 15-20 MW | 1,5% de la capacité nationale en pointe |
Avant cette loi, l'électricité résidentielle était subventionnée à un prix très bas, autour de 0,035 dollar par kWh, contre une moyenne mondiale de 0,14 dollar. Ce tarif attractif a malheureusement encouragé certains individus à installer des fermes de minage clandestines, profitant d'une ressource publique pour générer un profit privé, au détriment de la stabilité du réseau pour tous.
Les détails de la Loi n° 25-10 : une interdiction totale
La loi publiée au Journal Officiel le 24 juillet 2025 ne laisse aucune place au doute. Elle définit les crypto-actifs comme des « biens, revenus, fonds ou actifs financiers » et interdit explicitement leur achat, vente, utilisation et détention. Contrairement aux restrictions précédentes de 2018 qui manquaient de mécanismes d'exécution clairs, cette nouvelle législation prévoit des sanctions pénales lourdes.
- Détention passive : Avoir des cryptomonnaies sur un portefeuille numérique est désormais illégal.
- Minage : Toute activité de production de monnaie virtuelle, qu'elle soit faite avec un simple ordinateur personnel ou une grande ferme industrielle, est interdite.
- Promotion : Influencers, créateurs de contenu et éducateurs qui parlent positivement des cryptos risquent aussi des poursuites.
- Outils d'évasion : L'usage des réseaux privés virtuels (VPN) est également banni pour empêcher l'accès aux plateformes étrangères.
Les peines vont de deux mois à un an de prison, accompagnées d'amendes comprises entre 200 000 et 1 000 000 de dinars algériens (environ 1 540 à 7 700 dollars). Pour les récidivistes, ces amendes sont doublées, atteignant jusqu'à 2 millions de dinars. Les autorités ont même reçu le pouvoir de saisir le matériel utilisé pour le minage, ce qui a déjà conduit à la confiscation de rigs chez des étudiants et dans des zones industrielles.
L'impact sur les mineurs et la communauté tech
L'application stricte de cette loi a créé une onde de choc parmi les utilisateurs. Sur les forums sociaux algériens, on constate une frustration généralisée. Un utilisateur connu sous le pseudonyme 'DZCryptoMiner' a rapporté avoir dû arrêter une opération de minage Ethereum générant 350 dollars par mois, craignant la saisie de son équipement et l'emprisonnement. Depuis juin 2025, la Sonelgaz entreprise publique algérienne chargée de la production et de la distribution d'électricité et de gaz naturel effectue des inspections surprises dans les zones industrielles, utilisant des modèles de consommation anormale (souvent 30 à 50 % au-dessus de la normale) comme motif de contrôle.
Cette approche globale a un effet secondaire notable : elle pousse les talents hors du pays. On parle d'un « exode des cerveaux crypto ». Entre 2023 et 2025, 37 % des développeurs blockchain algériens auraient déménagé vers des juridictions plus favorables comme la Tunisie ou le Maroc, selon des données analysées par Startup Researcher. L'Algérie risque ainsi de perdre non seulement des revenus potentiels, mais aussi l'expertise technique nécessaire pour développer sa propre infrastructure numérique.
Une position isolée dans la région MENA
Si vous regardez la carte de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), l'Algérie se distingue clairement. Tandis que des pays comme les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Arabie saoudite construisent des cadres réglementaires robustes pour attirer l'innovation, l'Algérie choisit l'interdiction pure et simple. Sur les 12 pays de la région MENA, 7 ont établi des règles claires pour les cryptomonnaies.
Même le Maroc, dont l'approche est restrictive, permet certaines formes de possession sans pénaliser aussi lourdement la simple détention. L'Égypte interdit les transactions bancaires mais ne criminalise pas toujours la détention individuelle. L'Algérie rejoint donc principalement la Chine (qui a banni les transactions mais encourage la recherche blockchain) et l'Égypte dans son hostilité, mais va plus loin en ciblant spécifiquement l'aspect énergétique du minage. Cette isolation réduit les opportunités d'investissement : les pays avec des cadres légaux voient leurs investissements liés aux cryptos augmenter de 30 %, contre une stagnation ou une fuite de capitaux pour ceux qui interdisent.
Arguments experts : perte d'opportunité ou protection nécessaire ?
Le débat reste vif entre les partisans de la régulation et ceux de l'interdiction. Dr. Leila Bencharif, professeure de fintech à l'Université d'Alger, estime que cette loi représente une occasion manquée. Elle souligne que l'Algérie dispose d'un potentiel solaire de 22 GW identifié dans la stratégie nationale des énergies renouvelables de 2024. Au lieu de bannir le minage, elle suggère de le canaliser vers ces sources d'énergie excédentaires, transformant un fardeau énergétique en une source de revenus.
À l'inverse, les défenseurs de la loi, dont le gouverneur de la Banque centrale, arguent que la priorité absolue est la stabilité financière et la sécurité énergétique. Le Fonds monétaire international (FMI) a noté dans son évaluation de juillet 2025 que bien que les préoccupations énergétiques soient valides, une approche plus ciblée régulant le minage plutôt que de l'interdire totalement aurait pu mieux équilibrer conservation de l'énergie et innovation technologique.
Actuellement, aucune révision immédiate n'est annoncée. Cependant, une équipe de recherche prépare un livre blanc proposant un cadre régulé pour le minage utilisant l'excédent solaire, ce qui pourrait ouvrir la porte à des discussions futures. Pour l'instant, les citoyens doivent s'adapter à une réalité où toute forme de participation au marché des cryptomonnaies est strictement surveillée et punie.
Quelle est la peine pour le minage de cryptomonnaies en Algérie ?
Selon la Loi n° 25-10, le minage peut entraîner une peine de prison allant de deux mois à un an, ainsi qu'une amende comprise entre 200 000 et 1 000 000 de dinars algériens. Les équipements utilisés peuvent être saisis par les autorités.
Pourquoi l'Algérie interdit-elle spécifiquement le minage ?
L'interdiction vise principalement à protéger le réseau électrique national, qui fonctionne près de ses limites pendant les pics de demande estivale. Le minage consomme énormément d'énergie (ex: 1 500 kWh par Bitcoin), ce qui crée une pression insoutenable sur l'infrastructure partagée par les citoyens.
Est-ce que posséder des cryptomonnaies est illégal en Algérie ?
Oui, la loi interdit non seulement les transactions et le minage, mais aussi la détention passive (« holding ») de cryptomonnaies. Tout citoyen ayant des actifs numériques sur son téléphone ou ordinateur risque des poursuites.
Comment l'Algérie compare-t-elle à ses voisins concernant les cryptos ?
L'Algérie adopte l'une des approches les plus restrictives de la région MENA. Contrairement aux Émirats arabes unis ou au Bahreïn qui réglementent et encouragent l'innovation, l'Algérie interdit totalement l'écosystème, se rapprochant davantage de la position chinoise ou égyptienne, mais avec des pénalités criminelles explicites pour le minage.
Y a-t-il des chances que cette interdiction soit levée bientôt ?
Pour l'instant, aucune révision n'est prévue à court terme. Cependant, certains experts universitaires travaillent sur des propositions pour utiliser l'énergie solaire excédentaire pour le minage régulé, ce qui pourrait influencer les politiques futures si la pression économique ou technologique augmente.