Les risques de sécurité dans les transferts interchaînes
janv., 28 2026
Les transferts interchaînes permettent de déplacer des actifs entre différentes blockchains - par exemple, envoyer des BTC sur Ethereum ou des ETH sur Solana. Cela semble simple, presque magique. Mais derrière cette facilité se cache un système fragile, exploité des dizaines de fois, avec des pertes cumulées dépassant 2,5 milliards de dollars depuis 2020. Si vous utilisez un pont pour déplacer vos crypto, vous êtes déjà dans la ligne de mire des attaquants.
Comment fonctionnent les ponts interchaînes ?
Un pont interchaîne est une passerelle technique qui relie deux blockchains indépendantes. Quand vous envoyez 10 ETH de Ethereum vers Binance Smart Chain, le pont ne transfère pas réellement les ETH. Il les bloque sur Ethereum et crée une version « enveloppée » (wETH) sur BSC. À l’inverse, quand vous voulez les récupérer, la version enveloppée est détruite et les ETH originaux sont libérés. Cela demande une confiance énorme : qui garantit que les fonds seront bien débloqués ?
La plupart des ponts utilisent un modèle de validation centralisé. Ils ont un petit groupe de validateurs - parfois seulement 5 ou 10 - qui signent les transactions. Si un seul de ces validateurs est compromis, tout le pont peut être volé. C’est ce qui est arrivé à Multichain en juillet 2023 : les clés privées du CEO ont été volées, et 125 millions de dollars ont disparu en quelques minutes. Ce n’était pas un piratage technique compliqué. C’était un échec de gestion des clés.
Les 5 vulnérabilités les plus dangereuses
- Validation de l’état défectueuse : 28 % des attaques exploitent des ponts qui ne vérifient pas correctement les preuves Merkle. Un attaquant peut créer une fausse preuve qu’un transfert a eu lieu, alors qu’il n’a jamais eu lieu. Le pont croit la fausse preuve et libère des fonds.
- Attaques par rejeu : Après un hard fork, les transactions peuvent être répétées sur une autre chaîne. Si le pont n’utilise pas de nonce unique, un attaquant peut copier votre transaction et la répéter plusieurs fois. Plus de 87 millions de dollars ont été volés ainsi entre 2021 et 2024.
- Manipulation des oracles : 41 % des ponts dépendent d’oracles pour connaître l’état d’une chaîne. Si un attaquant injecte des données fausses - par exemple, dire qu’un dépôt a été fait - le pont peut créer des jetons en douceur. C’est ce qui s’est produit sur Orbit Chain en janvier 2024 : 7 clés sur 10 ont été compromises, et 15 millions de dollars ont été volés.
- Incompatibilités cryptographiques : Ethereum utilise EIP-712, Solana utilise ed25519. Ces systèmes ne parlent pas la même langue. Les validateurs doivent convertir les signatures, et cette conversion est une source majeure d’erreurs humaines. Selon Turnkey, cela augmente les risques d’erreur de 37 %.
- Clés privées centralisées : Le plus grand risque n’est pas technique, c’est humain. 73 % des ponts dépendent d’un petit groupe de personnes qui contrôlent les clés. Une seule fuite, un seul phishing, et tout est perdu. Les ponts décentralisés existent, mais ils sont rares et plus lents.
Ponts « fiables » vs ponts « sans confiance »
Il existe deux grandes familles de ponts. Les ponts fiables (comme wBTC) utilisent un seul acteur central - souvent une entreprise - qui garde les fonds. Ils sont rapides, simples, et ont peu d’attaques. Mais si cette entreprise est piratée, tout part en fumée. Ils gèrent 4,2 milliards de dollars par mois, mais leur sécurité repose sur la confiance, pas sur la technologie.
Les ponts sans confiance (comme Wormhole) utilisent des validateurs décentralisés. Ils sont plus sûrs en théorie, mais ont été la cible des plus grosses attaques. En février 2022, Wormhole a perdu 325 millions de dollars à cause d’un bug dans la validation des signatures. Le code a accepté une signature invalide. Un attaquant a pu créer des millions de wETH sans les déposer. Le code était open source, mais personne n’avait vu ce bug.
Les ponts de type liquidity pool (comme THORChain) ne bloquent pas les actifs, ils échangent directement. Ils ont été attaqués trois fois entre 2021 et 2022, pour un total de 40 millions de dollars. Les ponts lock-and-mint (comme Multichain) sont les plus populaires - et les plus attaqués. Ils représentent 34 % de toutes les attaques en 2023.
Les solutions les plus sûres aujourd’hui
Il existe une seule solution qui a résisté à toutes les attaques depuis sa sortie : Chainlink CCIP. Lancé en septembre 2023, il a traité 1,7 milliard de dollars sans aucune perte. Comment ? Il utilise un réseau de 100 validateurs indépendants, des signatures de seuil (threshold signatures), et une vérification croisée par plusieurs oracles. Il est aussi assuré par Chainlink’s Proof of Reserve. Mais il ne gère que 6 % du volume total. Pourquoi ? Parce qu’il est lent. Une transaction prend en moyenne 127 secondes, contre 34 secondes pour un pont centralisé.
Les ponts avec plus de 50 validateurs décentralisés ont 82 % moins d’attaques que ceux avec moins de 10 validateurs. Mais la plupart des utilisateurs ne veulent pas attendre deux minutes pour transférer 100 dollars. La vitesse prime sur la sécurité - et c’est là que le problème commence.
Que font les utilisateurs réels ?
Sur Reddit, les histoires sont effrayantes. Un utilisateur a perdu 8 200 dollars sur un pont peu connu. L’interface disait « en cours » pendant trois heures. Puis, plus rien. Pas d’email, pas de réponse, pas de trace. Sur Trustpilot, les ponts ont une note moyenne de 2,1 sur 5. 67 % des avis parlent de fonds bloqués. 42 % disent qu’il n’y a aucun support.
Il y a des exceptions. Wormhole, après sa grosse perte en 2022, a réinventé son système. Aujourd’hui, 92 % de ses transactions réussissent. Il a 180 modérateurs sur Discord, une équipe de sécurité en temps réel, et un système de notifications clair. Mais c’est l’exception. La plupart des petits ponts n’ont même pas de page de support.
Un utilisateur a réussi à récupérer 15 000 dollars après le piratage d’Orbit Chain. Il a travaillé avec Chainalysis pour tracer les fonds. Les validateurs du pont ont fini par coopérer. Mais cela a pris 23 jours. Et il a fallu payer un expert. Ce n’est pas une solution. C’est un miracle.
Que faire pour se protéger ?
- Utilisez uniquement les ponts les plus connus : Wormhole, Chainlink CCIP, LayerZero. Évitez les ponts inconnus, même s’ils offrent de meilleurs taux.
- Ne transférez jamais plus que ce que vous pouvez vous permettre de perdre : Si vous perdez 500 dollars, ce n’est pas la fin du monde. Mais si vous perdez 50 000, vous n’aurez personne à blâmer sauf vous-même.
- Vérifiez les audits : Un pont qui n’a pas été audité par Trail of Bits, OpenZeppelin ou CertiK ne devrait pas être utilisé.
- Activez les alertes de transaction : Si votre portefeuille reçoit une notification de transfert que vous n’avez pas demandé, agissez immédiatement.
- Évitez les ponts avec moins de 10 validateurs : Les données le prouvent : plus il y a de validateurs, plus c’est sûr.
Le futur : des protocoles plus sûrs
Le groupe de travail de l’IETF vient de publier des normes de sécurité pour les ponts (RFC-BB-2024-01). C’est la première fois qu’une organisation internationale définit des exigences minimales. Cela va forcer les projets à améliorer leur code.
Chainlink prévoit d’améliorer son réseau d’oracles en 2024, avec un système de signatures de seuil qui réduira les manipulations de 92 %. Ethereum travaille aussi sur un protocole natif de communication interchaînes, prévu pour 2025. Ce n’est pas une fonctionnalité de plus. C’est une révolution : si Ethereum peut parler directement à Solana ou Polygon, les ponts deviendront inutiles.
Les modèles de sécurité partagée - où plusieurs blockchains contribuent à valider un pont - montrent déjà 76 % moins d’attaques. Mais ils représentent moins de 5 % du marché. Ils sont complexes, coûteux, et lents. Mais ils sont la seule voie vers une sécurité durable.
Conclusion : une technologie indispensable, mais à manier avec prudence
Les transferts interchaînes sont devenus incontournables. 47 % du total des actifs décentralisés (DeFi TVL) se trouvent sur des chaînes différentes d’Ethereum. Sans ponts, vous êtes coincé. Mais chaque transfert est un pari sur la sécurité d’un système qui a déjà volé des milliards.
Il n’y a pas de solution parfaite. Seulement des compromis : vitesse contre sécurité, simplicité contre décentralisation. Le meilleur conseil ? Ne faites pas confiance. Vérifiez. Attendez. Et n’utilisez jamais un pont que vous ne comprenez pas.
Les ponts interchaînes sont-ils sûrs ?
Non, la plupart ne le sont pas. Plus de 64 % des pertes de crypto en 2022 provenaient de ponts. Même les plus grands ont été piratés. La sécurité dépend du modèle utilisé : les ponts centralisés sont vulnérables aux clés volées, les décentralisés aux bugs de code. Seul Chainlink CCIP a réussi à résister à toutes les attaques depuis 2023, mais il est encore minoritaire.
Quel est le pont le plus sûr en 2026 ?
Chainlink CCIP est actuellement le plus sûr. Il utilise 100 validateurs indépendants, des signatures de seuil, et une assurance par Proof of Reserve. Il a traité 1,7 milliard de dollars sans aucune perte. Les autres ponts, même les populaires comme Wormhole, ont été piratés par le passé. Pour la sécurité, choisissez CCIP - même si c’est plus lent.
Pourquoi les ponts sont-ils si souvent piratés ?
Parce qu’ils sont des cibles faciles. Ils relient des systèmes qui ne sont pas conçus pour communiquer. Ils doivent traduire des signatures, vérifier des états, et gérer des clés. Chaque étape est une porte ouverte. Les attaquants cherchent les erreurs humaines : une clé mal stockée, un validateur corrompu, un code mal testé. Leur but n’est pas de casser la blockchain - c’est de casser le pont.
Comment savoir si un pont est fiable ?
Vérifiez trois choses : 1) Il a été audité par une firme reconnue (Trail of Bits, OpenZeppelin) ; 2) Il a plus de 50 validateurs décentralisés ; 3) Il est utilisé par des projets majeurs (Aave, Uniswap, etc.). Si l’un de ces points manque, évitez-le. Ne vous fiez pas aux taux d’intérêt élevés - ce sont des pièges.
Que faire si mes fonds sont bloqués sur un pont ?
Ne paniquez pas. Vérifiez d’abord si c’est une panne technique ou un piratage. Consultez les canaux officiels du pont (Twitter, Discord). Si c’est un piratage, contactez un service de traçage comme Chainalysis. Les fonds peuvent parfois être récupérés si les validateurs coopèrent. Mais en général, la récupération prend entre 15 et 30 jours - et n’est pas garantie. La meilleure stratégie : prévenir, ne pas réparer.
Les ponts vont-ils disparaître un jour ?
Oui, à long terme. Ethereum travaille sur des protocoles natifs d’interopérabilité pour 2025. Si les blockchains peuvent communiquer directement, les ponts deviendront obsolètes. Mais jusqu’à ce que cela arrive, ils resteront indispensables - et dangereux. Leur disparition dépendra de la vitesse d’adoption de ces nouveaux protocoles. En attendant, soyez prudent.
Tom Sheppard
janvier 28, 2026 AT 20:37Romain Thevenin
janvier 29, 2026 AT 17:43Julie Pritchard
janvier 30, 2026 AT 07:14Christine McConnell
janvier 30, 2026 AT 20:28