Transferts transfrontaliers de crypto-monnaies depuis l'Égypte : risques juridiques
févr., 12 2026
Transférer des crypto-monnaies hors d'Égypte n'est pas une simple opération technique. C'est un acte qui peut vous mener en prison, vous coûter des millions de livres égyptiennes, ou vous faire perdre tout votre argent sans recours. Pourtant, des milliers de personnes le font chaque jour. Pourquoi ? Parce que l'Égypte traverse une crise économique sans précédent. L'inflation atteint 33,7 %, la livre égyptienne a perdu 68 % de sa valeur contre le dollar depuis 2020, et les transferts bancaires classiques coûtent jusqu'à 8,2 % en frais. Face à cela, la crypto offre une issue. Mais cette issue est illégale. Et les autorités ne plaisantent pas.
La loi interdit tout, sans exception
Depuis décembre 2020, la Loi n° 194 sur la Banque centrale et le système bancaire rend toute activité liée aux crypto-monnaies illégale en Égypte. Cela inclut : acheter, vendre, échanger, promouvoir ou transférer des cryptos - y compris à l'étranger. Il n'y a pas de clause d'exception. Même si vous envoyez 0,1 BTC à un membre de votre famille aux Émirats arabes unis, vous enfreignez la loi. La Banque centrale d'Égypte (CBE) n'a jamais délivré de licence à aucune entreprise de crypto. Aucune. Pas une seule. Ce n'est pas un vide juridique. C'est une interdiction totale.
Le cadre légal est renforcé par une fatwa religieuse. Dar al-Ifta, l'autorité islamique officielle du pays, a déclaré que les transactions en crypto sont harām - interdites par la loi islamique. Cela donne à l'interdiction une dimension culturelle et morale. Pour beaucoup d'Égyptiens, violer cette règle, c'est aussi briser un tabou social. Pour d'autres, c'est un motif supplémentaire de méfiance envers les institutions.
Les peines sont sévères et réelles
Si vous êtes arrêté pour transfert de crypto, les conséquences ne sont pas théoriques. La loi prévoit une peine d'emprisonnement et une amende pouvant atteindre 10 millions de livres égyptiennes - soit environ 213 000 dollars américains. Ce n'est pas une amende symbolique. C'est plus que le salaire annuel de la plupart des Égyptiens.
En mai 2024, la Banque centrale a fermé trois plateformes de trading non autorisées et imposé des amendes totales de 27 millions de livres. Les autorités ne cherchent pas seulement à dissuader : elles agissent. Les arrestations sont rares, mais elles existent. Et elles visent souvent les personnes qui transfèrent de grandes sommes. Pas nécessairement les particuliers ordinaires. Mais vous ne savez jamais quand vous allez devenir la cible.
Les gens continuent quand même - et ça pose des problèmes
Malgré tout cela, l'Égypte figure au 20e rang mondial pour l'adoption de crypto, avec plus de 4,2 millions d'utilisateurs. Pourquoi ? Parce que les gens n'ont pas le choix. Les transferts bancaires internationaux sont lents, chers, et souvent bloqués. La crypto, elle, permet d'envoyer de l'argent à l'étranger en quelques heures, pour moins de 3 % de frais. Le World Bank estime que la crypto représente déjà 5,7 % de tous les transferts de fonds entrant en Égypte.
Les utilisateurs utilisent des méthodes pour contourner les restrictions : des portefeuilles non-custodiaux comme Samourai Wallet, des échanges P2P comme LocalBitcoins ou Binance P2P, et même des identités falsifiées. Un utilisateur a écrit sur Trustpilot en novembre 2025 : « J'ai transféré 0,5 BTC de l'Égypte vers les Émirats avec Binance P2P. Ça a pris trois jours. J'ai utilisé de faux documents. Risqué, mais nécessaire. »
Le problème ? Ces méthodes sont extrêmement dangereuses. Si vous utilisez un faux ID, vous commettez une fraude. Si vous utilisez une plateforme non régulée, vous perdez tout votre argent si elle est fermée. En août 2025, un Égyptien a perdu 185 000 livres (environ 3 930 $) quand la plateforme qu'il utilisait a été raidée. Pas de remboursement. Pas de recours. Juste un compte bancaire vide.
Les obstacles techniques sont immenses
Transférer de la crypto depuis l'Égypte, c'est aussi une bataille technologique. Les fournisseurs d'accès Internet (FAI) bloquent 78 % des sites liés à la crypto, selon Reporters Without Borders. Les sites de trading, les explorateurs de blockchain, même les forums d'information sont souvent inaccessibles.
Pour contourner cela, vous devez utiliser un VPN ou Tor. Mais ce n'est pas suffisant. Les autorités ont commencé à utiliser des outils d'analyse de blockchain depuis 2023. Des équipes formées par Chainalysis surveillent les transactions. Si vous transférez depuis un portefeuille connu, vous êtes repéré. Pour réduire les risques, certains utilisent des monnaies privées comme Monero, qui masquent les adresses et les montants. Mais cela demande des compétences techniques avancées.
La plupart des gens n'ont pas les connaissances nécessaires. Ils apprennent sur des groupes Telegram comme « Egypt Crypto Freedom » (12 400 membres) ou sur des serveurs Discord cryptés. Pas de tutoriels officiels. Pas de support client. Juste des forums de clandestins.
La réalité économique pousse malgré la loi
Le marché noir de la crypto en Égypte vaut 1,2 milliard de dollars, selon Fidelity International. C'est une économie parallèle, née de la désespérance. Les jeunes, les entrepreneurs, les travailleurs à l'étranger - ils utilisent la crypto parce que c'est la seule façon de protéger leur argent.
Les autorités le savent. La Banque centrale a créé en mars 2024 une unité dédiée aux fintech. Elle a eu des réunions secrètes avec des régulateurs internationaux. Le FMI a reconnu en octobre 2025 que « les autorités égyptiennes reconnaissent de plus en plus la nécessité de réguler les actifs numériques ». Mais rien n'est encore décidé. La fatwa religieuse reste un obstacle majeur. Et la loi de 2020 n'a pas été modifiée.
Que faire ?
Si vous êtes en Égypte et que vous envisagez un transfert transfrontalier de crypto, voici ce que vous devez savoir :
- Vous n'avez aucun droit légal. Même si vous êtes victime de fraude, la justice ne vous aidera pas.
- Les plateformes comme Binance ou Kraken ne sont pas protégées par la loi égyptienne. Elles peuvent vous bloquer sans avertissement.
- Utiliser un faux identifiant ou un VPN ne vous protège pas des poursuites. Cela vous expose davantage.
- Si vous transférez plus de 5 000 $, vos chances d’être surveillé augmentent fortement.
- Il n’existe pas de méthode sécurisée. Seule la prudence réduit les risques - pas les élimine.
La plupart des gens qui réussissent à transférer de la crypto depuis l'Égypte le font en petite quantité, avec une grande discrétion, et en évitant tout lien avec leur identité réelle. Mais ce n'est pas une solution durable. C'est une survie numérique.
Quel avenir ?
Les experts sont divisés. Certains pensent que l'Égypte légalisera les crypto d'ici 2 à 3 ans. D'autres estiment que cela prendra 5 à 7 ans - voire plus. La pression économique est trop forte pour être ignorée. Mais la résistance religieuse et politique est aussi puissante.
En attendant, les transferts continuent. Les gens continuent de prendre des risques. Parce que le prix du silence - la perte de pouvoir d'achat, la pauvreté, l'impuissance - est plus élevé que le prix du risque.
Est-ce illégal d'acheter des crypto-monnaies en Égypte ?
Oui. La Loi n° 194 de 2020 interdit toute activité liée aux crypto-monnaies, y compris l'achat. Même si vous n'envoyez pas d'argent à l'étranger, posséder ou acheter des cryptos est considéré comme une activité illégale. Les autorités ne poursuivent pas systématiquement les particuliers, mais elles le peuvent à tout moment.
Quels sont les risques si je transfère 1 000 $ en Bitcoin vers l'étranger ?
Même un petit transfert est illégal. Les risques incluent : le blocage de votre compte bancaire, la saisie de vos appareils, une enquête judiciaire, et dans les cas les plus graves, une amende pouvant atteindre 10 millions de livres égyptiennes. Vous n'êtes pas à l'abri d'une arrestation, surtout si vous utilisez une plateforme non régulée ou des identités falsifiées.
Pourquoi la Banque centrale d'Égypte interdit-elle les crypto-monnaies ?
La Banque centrale affirme que les crypto-monnaies menacent la stabilité financière, facilitent le blanchiment d'argent et échappent à son contrôle. Elle craint aussi que les citoyens ne perdent confiance dans la livre égyptienne. La fatwa religieuse de Dar al-Ifta a renforcé cette position, en déclarant les crypto-monnaies interdites selon la loi islamique.
Puis-je utiliser un VPN pour transférer de la crypto depuis l'Égypte ?
Un VPN peut vous aider à accéder à des plateformes bloquées, mais il ne vous protège pas de la loi. Les autorités peuvent toujours tracer vos transactions via la blockchain, surtout si vous utilisez des adresses connues. Utiliser un VPN pour contourner les restrictions est une pratique courante, mais cela ne change pas le fait que le transfert reste illégal.
Existe-t-il des alternatives légales aux transferts de crypto depuis l'Égypte ?
Oui, mais elles sont limitées. Les transferts bancaires traditionnels via des institutions autorisées (comme Western Union ou les grandes banques) sont légaux, mais coûteux (jusqu'à 8,2 % de frais) et lents. Les services de transfert de fonds régulés par la Banque centrale, comme certaines plateformes de paiement mobile, offrent une alternative plus rapide, mais avec des plafonds bas. Aucune solution légale ne correspond encore à la flexibilité de la crypto.
Nathalie Farigu
février 12, 2026 AT 21:52